Photo de Valérie Van Grootel

Quel cursus avez-vous suivi ?

J’ai suivi la voie ingénieur civil physicien, avec une spécialisation en techniques spatiales. J’ai eu la chance de faire un double diplôme entre l’Université de Liège et l’ISAE-Supaéro (Toulouse). À cette occasion, j’ai également réalisé en parallèle un master (DEA) d’astrophysique.

J’ai ensuite poursuivi avec un doctorat en astrophysique, effectué entre l’Université de Toulouse et l’Université de Montréal.

Comment êtes-vous arrivé à votre poste ?

Après mon doctorat, j’ai fait quelques années de postdoctorat et comme de coutume, j’ai enchaîné des contrats à durée déterminée (2 à 4 ans) où j’ai développé mes recherches dans divers endroits.

J’ai obtenu notamment un postdoctorat FNRS à l’Université de Liège, où je suis revenue plusieurs années après être partie à l’étranger. C’est à ce moment que j’ai eu la chance d’y obtenir un poste permanent.

Quelle est la partie la plus intéressante de votre travail ?

L’encadrement des étudiants (doctorants et postdoctorants) : les voir « grandir », prendre confiance en eux et acquérir, petit à petit, toutes les compétences du métier de chercheur.

« C’est ça, la science : une observation, une explication, et faire le lien entre les deux ! »

Quel est ou était votre plus grand rêve ?

J’ai pu obtenir un poste permanent en astrophysique, avec une grande liberté dans mes recherches, dans ma région natale. J’habite toujours là où j’ai grandi, près de ma famille et de mes amis, mes enfants vont à l’école où j’allais… les chances que ça arrive n’étaient pas très grandes !

Quel est le moment le plus marquant de votre carrière jusqu’à présent ?

Il y en a eu plusieurs, mais assister au « buzz » mondial qui a suivi la découverte des 7 planètes de TRAPPIST-1 a été assez incroyable !

De façon générale, j’aime beaucoup quand on parle de nos recherches dans la culture populaire. Par exemple, on aborde CHEOPS (un petit satellite avec une équipe scientifique assez restreinte dont je fais partie) dans « Le Problème à 3 corps » (3 Body Problem), une série Netflix vue par des dizaines de millions de personnes.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite exercer ce métier ? Y a-t-il des qualités personnelles ou des expériences professionnelles particulièrement utiles ?

Voyagez, faites des échanges, des co-diplomations…

Cela ouvre incroyablement l’esprit, construit le réseau, et développe des tas de compétences « non techniques » très importantes dans le métier de chercheur !

Selon vous, quels seront les plus grands défis auxquels une personne exerçant votre métier sera confrontée au cours des dix prochaines années ?

J’en vois deux : l’avènement de l’IA et les diminutions de budget consacrés à la recherche fondamentale.

L’avènement de l’IA, on est déjà en plein dedans. Savoir l’utiliser correctement pour en tirer le meilleur parti est déjà très important et va devenir rapidement discriminant, tant ces outils permettent de fortement accélérer certains aspects du travail. Concernant le risque que l’IA produise des recherches « seule » sans besoin d’un chercheur, j’y crois moins, mais à suivre.

L’autre défi est de continuer à convaincre les décideurs et le grand public de l’intérêt de faire de la recherche fondamentale, même si les applications concrètes ne sont pas évidentes et qu’elles semblent coûter beaucoup d’argent. La restriction des crédits alloués à la recherche est une tendance observée depuis de nombreuses années, mais qui ne va pas aller en s’améliorant dans le contexte actuel, et il faut rester vigilant.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler dans le domaine spatial ?

C’est très bête mais vers 10 ans, j’ai découvert que les étoiles bougeaient dans le ciel au cours d’une nuit. On m’a expliqué alors que c’était parce que la Terre tournait, ce que je savais déjà évidemment, mais je n’avais jamais fait le lien. C’était en même temps stupéfiant et limpide !

C’est ça la science : une observation, une explication et faire le lien entre les deux ! Parfois, l’explication (la théorie) est connue, parfois il faut la développer, mais toujours en vue d’expliquer des observations. Plus de 30 ans après, c’est toujours ma démarche en tant que scientifique.

Quelles compétences non techniques sont importantes dans votre profession, et par quels moyens les avez-vous renforcées ?

Au fur et à mesure que la carrière avance, il est attendu que l’on développe sa propre équipe pour mener ses recherches. Cela requiert donc des compétences « humaines », de management, d’écoute, etc., pour lesquelles je n’ai jamais suivi le moindre cours et que j’ai dû développées « sur le tas », il faut bien le dire ! Des compétences de communication sont également indispensables dans le monde académique, tant écrites qu’orales (demandes de fonds, propositions, présentation des résultats dans les conférences, etc.). On les apprend petit à petit, notamment en fonction des « codes » du milieu. Ces compétences « non techniques » sont très importantes dans le métier.